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samedi 3 mars 2012

Page 3 (Aimèphe)

[Compilation des épisodes de la semaine, formant la page 3 du texte d'Aimèphe]

Sur le chemin de l’école, elle y pensait souvent, ce qui avait l’avantage de calmer son anxiété, elle n’aimait pas l’école. Elle y pensait aussi pendant les cours, ce qui amenait son institutrice à la réprimander sévèrement pour ses rêvasseries. Elle finissait par être à la traîne et ne pas suivre le troupeau. Tout ce que demandait Hestia c’était simplement d’y voir plus clair.

Elle en avait même parlé à son meilleur ami Morphée et lui avait fait promettre de garder le secret. Mais Morphée avait bien du mal à comprendre son histoire à dormir debout comme il disait, et surtout s’étonnait vivement qu’un poisson avec un prénom aussi stupide amoureux d’une abeille puisse avoir autant d’importance pour Hestia. Son empathie et son adoration l’ayant emporté, Morphée s’était pris au jeu de l’énigme qui tourmentait Hestia.

Un jour, une idée plutôt lumineuse lui était venue à l’esprit… S’il arrivait à pénétrer l’univers étrange d’Hestia, peut-être trouverait-il la clef du mystère.
C’est ainsi, que nuit après nuit, Morphée tentait de rêver de Nodiesop et de son abeille. Les premières tentatives ne furent pas convaincantes. Le poisson tombait toujours de l’arbre emportant l’abeille dans sa chute et finissait écrasé par une patte de lapin bleue géante qui sortait du néant. Malgré la tournure désastreuse que prenait l’histoire, Morphée ne s’avouait pas vaincu par cette fatalité et persistait chaque nuit à reprendre le cours du rêve d’Hestia dans la bonne direction, évitant de croiser tout lapin susceptible de perpétrer un assassinat odieux contre un poisson innocent.

Vint ensuite le temps où le poisson imaginé par Morphée restait perché sur la cime de l’arbre – c’était déjà ça de gagner – mais refusait catégoriquement de tomber amoureux de l’abeille. L’obsession de ce poisson était de devenir magicien, ce qui n’arrangeait absolument pas le petit garçon car chaque fois que l’avatar de Nodiesop croisait l’abeille il la faisait disparaître, avec une flèche magique, cadeau de son père, la tortue cherokee. Morphée était à des lieux du dernier chapitre du rêve inachevé d'Hestia mais ne désespérait toujours pas de l’aider pour percer à jour le mystère. Et pour tout dire, cela le ravissait au plus haut point, il s’était pris au jeu et même d’amitié pour le poisson et puis… sa quête le rapprochait d’Hestia.

« Sans vous je ne suis qu’un ver qui cherche le fruit dans lequel vivre », bien qu’il trouvât la tournure empreinte de mièvrerie, Morphée n’était pas indifférent aux sentiments qu’elle exprimait peut-être parce qu’il était lui aussi un peu amoureux…
Une nuit, chose étrange, il ne rêva pas de Nodiesop mais de son père Esteban 1er, la tortue cherokee. Dans son rêve ou plutôt son cauchemar, le silence régnait, Esteban 1er à dos de girafe décapitait par centaine des lampadaires, ce qui plongeait le champ de bataille dans une obscurité profonde. A son réveil, Morphée était terrifié par toute cette cruauté.


(à suivre)

Aimèphe

samedi 25 février 2012

Page 2 (Aimèphe)

[Compilation des épisodes de la semaine, formant la page 2 du texte d'Aimèphe]

Sa grand-mère était une très belle femme qui vivait seule dans sa tour d’ivoire entourée de livres et de myriades de fleurs de toutes les couleurs qui sentaient bon le bonheur. Elle adorait les énigmes et les échecs, s’insurgeait contre l’injustice, militait contre le racisme et figurait parmi les esprits les plus éclairés de notre siècle. Elle était en effet célèbre pour ses écrits philosophiques et ses essais contre la peine de mort du temps où les têtes des condamnés étaient encore coupées sous le joug de la justice. Mais ce qu’elle aimait par dessus tout, c’était le plaisir simple de se promener pieds nus sur la plage avec Hestia en lui contant les mythes de la Grèce antique.
Depuis la disparition de Léane, ses fleurs s’étaient fanées peu à peu et ses livres étaient devenus inutiles, oubliés, personne n’osait ranger la maison de peur d’éloigner son âme à jamais de sa demeure. Les nuits d’Hestia étaient cauchemardesques, elle ne pouvait s’endormir sans la lumière allumée dans sa chambre et toute une ribambelle de peluches tout autour de son oreiller pour la protéger.
Après quelques mois, ses angoisses s’étaient estompées, la vie avait repris son cours car Hestia s’était persuadée que sa grand mère veillait sur elle, tel un ange gardien.Puis l’absurdité s’était emparée de sa vie nocturne. Nodiesop, la tortue Cherokee, l’abeille s’étaient créés un univers au cœur de ses rêves. Il y avait parfois Lobtu l’extraterrestre qui s’immisçait parfois mais lui ne parlait pas français, elle n’y comprenait rien. Finalement son imagination onirique la dépassait et elle ne comprenait pas ce que signifiait l’interruption brutale des aventures de Nodiesop.
Pourquoi, cette main, cette lumière, ces bruits de pas au loin et toute cette angoisse qui l’empêchait de respirer ?La chute ça, aucune difficulté d’interprétation, elle en avait saisi tout le sens…
Tout ceci avait piqué sa curiosité, à force de répétition, elle brûlait de savoir pourquoi et craignait que cette question n’eût aucune réponse. Peut-être n’avait-elle pas assez exploré tous les recoins de son rêve, peut-être n’avait-elle pas été assez attentive, qu’une parole de Nodiesop ou de l’abeille lui avait échappée et qu’ils lui en voulaient ou peut-être la réponse se trouvait-elle dans sa vie réelle. Dans ce cas, est-ce que la mort de son poisson rouge, Scapin – qui était en fait blanc et orange – pouvait avoir un lien ? Est-ce que le jour où son père tua une abeille de sang froid pouvait tout expliquer ?Si le problème était lié à ce genre d’évènements, Hestia ne voyait aucune solution pour y remédier… A moins de savoir ressusciter les morts… et encore fallait-il trouver la cause réelle. La mort de son poisson rouge ou d’une abeille pouvait être totalement hors sujet. Elle savait qu’elle finirait par trouver la réponse.



(à suivre)

Aimèphe

samedi 18 février 2012

Page 1 (Aimèphe)

[Compilation des épisodes de la semaine, formant la page 1 du texte d'Aimèphe]



Hestia s’interrogeait souvent sur le chaos de ses rêves. Rien d’aussi funeste que l’explosion d’un avion en plein vol ou d’aussi fantastique que la découverte d’un scarabée d’or aux pouvoirs magiques. Non, son chaos à elle, était proche de l’absurde.

Revenait par exemple souvent, ce rêve où tout un peuple idolâtrait un poisson perché sur la cime d’un arbre, nommé Nodiesop, amoureux d’une abeille qui ne l’était plus de lui, fâchée de n’avoir reçu d’éclair pour la Saint Esteban 1er.
Esteban 1er pour la petite histoire, était une tortue Cherokee, gardien des fleuves et père de Nodiesop, qui fut tué en mangeant une pomme empoisonnée par la foudre. En hommage à cette tortue sacrée, ce jour de deuil devint une fête galactique.

Mais ce jour plongeait surtout Nodiesop dans le désespoir le plus profond. Il se refusait d’offrir un éclair à qui que ce soit, fut-ce même à son abeille adorée, qui était malheureusement bien trop égocentrique pour comprendre ce qu’il ressentait.
« Amour, lui avait-il écrit un jour pour se faire pardonner de ce qu’elle estimait être une offense, je me languis de vous comme un boulier sans calcul, mes yeux pleurent et de mon cœur déchiré jaillit toute la souffrance et le tourment que me procurent vos adieux. Un simple éclair ne peut honorer votre douceur et votre grâce, moi je vous offre toute la lumière de mon désir et toutes les fleurs de ma passion. Sans vous je ne suis qu’un ver qui cherche le fruit dans lequel vivre ».
Rideau… fin de l’histoire…
Jamais Hestia ne sut si l’abeille émue par ces paroles, aurait rejoint Nodiesop sur la cime de son arbre ou si elle se serait entêtée dans sa mascarade pour se délecter de son chagrin.
La cause ? L’angoisse qui monte, une main pressée contre sa bouche, le manque d’oxygène, une lumière intense, des bruits de pas au loin, la chute.
À chaque fois, Hestia se réveillait à côté de son lit, ses draps en vrac et son ours à la main. Elle restait ainsi longuement, allongée sur la moquette, pensive, les yeux fixés sur ses étoiles phosphorescentes collées au plafond. Hestia se disait alors qu’elle aimait les étoiles, la lune et les arcs en ciel, qu’elle aimait aussi Léane, sa grand-mère, disparue au cours d’un voyage. Dès qu’elle pensait à Léane, Hestia comprenait toute la douleur de Nodiesop et la ressentait.


(à suivre)

Aimèphe